Un classement des agences GEO, publié dans la rubrique « Brand Voice » d’un média professionnel, a récemment suscité de nombreuses réactions sur LinkedIn. En cause : l’agence à l’origine du contenu s’attribue la première place. Au-delà de cette pratique, l’échange soulève plusieurs questions sur les stratégies de visibilité dans les IA génératives, la responsabilité des médias et la valeur des relations presse.
Le GEO favorise-t-il l’autopromotion ?
Tout est parti d’une publication sur LinkedIn. Son auteur s’étonne qu’un média professionnel ait publié un classement des dix principales agences GEO, rédigé par l’agence XXX, qui figure elle-même à la première place.
L’objectif supposé de cette opération est assez clair : profiter de l’autorité et de la crédibilité d’un média reconnu pour renforcer la visibilité de l’agence dans les réponses des intelligences artificielles génératives.
Cette pratique s’inscrit dans une évolution des stratégies de référencement. Les entreprises multiplient les dispositifs pour être citées et recommandées par ChatGPT, Claude, Gemini, Perplexity et consorts.
Or, les classements, comparatifs et listes de prestataires constituent des contenus susceptibles d’être exploités par les IA génératives pour formuler leurs recommandations.
D’où une question : quelle valeur accorder à un classement lorsque l’entreprise qui le produit se désigne elle-même comme leader ?
Des pratiques SEO transposées au GEO
Plusieurs professionnels ayant participé à la discussion soulignent que ces méthodes ne sont pas nouvelles. Le SEO utilise depuis longtemps les articles sponsorisés, le netlinking et les comparatifs pour améliorer le positionnement des sites internet.
Le GEO reprend une partie de ces mécanismes, mais avec une différence importante : les contenus ne s’adressent plus uniquement aux internautes ou aux moteurs de recherche traditionnels. Ils cherchent également à influencer les réponses produites par les LLM.
Certains intervenants considèrent ces pratiques comme une adaptation pragmatique aux nouveaux mécanismes de visibilité. D’autres dénoncent les classements autoréférentiels, leur manque d’objectivité et le risque de voir les réponses des IA progressivement saturées de contenus promotionnels.
Un point fait néanmoins consensus dans plusieurs commentaires : un comparatif crédible doit reposer sur des critères explicites, présenter équitablement les acteurs et apporter une réelle valeur informative. La simple accumulation de classements favorables à une marque ne constitue pas une stratégie éditoriale solide.
Les médias face à leur responsabilité éditoriale
La discussion dépasse rapidement le cas de l’agence concernée pour interroger le rôle des médias professionnels. La publication de contenus sponsorisés ou de brand content représente une source de revenus pour de nombreux titres de presse. Ce modèle économique n’est pas contestable en soi, à condition que la nature commerciale des contenus soit clairement identifiable.
Le problème apparaît lorsque la présentation d’un contenu promotionnel entretient une ambiguïté sur son origine, son indépendance ou sa valeur éditoriale.
Cette distinction prend une dimension supplémentaire avec les intelligences artificielles génératives. Un article publié sur le site d’un média reconnu peut être exploité comme source par un moteur de réponse, même lorsqu’il relève d’une démarche promotionnelle.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que tous les LLM accordent systématiquement la même confiance aux contenus sponsorisés et aux articles journalistiques. Leur capacité à identifier et à prendre en compte ces différences dépend notamment des modèles, des sources consultées et des mécanismes de recherche utilisés.
L’enjeu est donc double : préserver la confiance des lecteurs humains et éviter que l’autorité éditoriale d’un média ne serve à légitimer des affirmations commerciales insuffisamment étayées.
Les relations presse conservent-elles leur valeur à l’heure du GEO ?
C’est l’un des points intéressants de cet échange LinkedIn. Face à la multiplication des contenus promotionnels, plusieurs intervenants rappellent l’importance des relations presse traditionnelles.
Une stratégie de relations presse ne consiste pas à obtenir la publication d’un texte rédigé par une entreprise. Elle repose sur la construction de relations durables avec les journalistes, la pertinence des informations transmises et la capacité des experts à apporter un éclairage sur leur marché.
Les articles, interviews et citations qui en résultent contribuent à construire une autorité fondée sur une reconnaissance extérieure à l’entreprise.
Cette distinction entre visibilité achetée et visibilité acquise conserve tout son sens à l’heure du GEO.
La première permet de maîtriser un message et sa diffusion. La seconde apporte une validation éditoriale indépendante, dont la valeur peut être importante pour la réputation d’une marque.
Les deux approches peuvent coexister, mais elles ne sont pas interchangeables.
Vers une mesure plus exigeante de la visibilité dans les IA ?
Un autre commentaire ouvre une perspective intéressante : celle de la mesure réelle de l’efficacité de ces opérations. Un professionnel indique avoir testé la visibilité de plusieurs agences marketing sur un panel de questions posées à différents LLM. Il envisage de renouveler cette analyse pour déterminer si le classement controversé est repris comme source par les intelligences artificielles.
Cette démarche souligne une limite des stratégies GEO actuelles. La publication d’un contenu sur un site à forte autorité ne garantit ni sa reprise par les LLM, ni la présence de l’entreprise dans leurs recommandations.
Pour évaluer une stratégie GEO, il devient nécessaire d’observer les réponses produites, les entreprises citées, les sources réellement utilisées et leur évolution dans le temps.
Il convient aussi de distinguer la simple mention d’une marque de sa recommandation explicite par une IA.
Visibilité et crédibilité : deux objectifs à ne pas confondre
Cet échange illustre les tensions qui accompagnent le développement du GEO.
Les entreprises disposent de nouveaux moyens pour agir sur leur présence dans les réponses des IA. Les médias explorent de nouveaux modèles économiques. Les agences adaptent leurs méthodes à des environnements de recherche qui évoluent rapidement.
Mais une question demeure : jusqu’où peut-on chercher à influencer les réponses des intelligences artificielles sans compromettre sa crédibilité ?
Une stratégie GEO ne peut pas se limiter à multiplier les contenus favorables à une marque. Elle doit également s’appuyer sur des preuves d’expertise, des références clients, des prises de parole pertinentes, etc.
Le véritable enjeu n’est pas seulement d’être cité par une IA, mais de construire une autorité suffisamment crédible pour justifier cette citation.
